#44 Famille Perrin, de Beaucastel à Miraval – S’appuyer sur son terroir pour diversifier et développer ses activités à l’international

Extra-Muros est le podcast qui met en lumière les plus belles réussites d’entreprises en régions. De Marseille à Lille en passant par Nantes, Lyon ou Bordeaux, Guillaume Pellegrin, fondateur de Newton Offices, interroge des dirigeants pour découvrir avec vous les raisons de leurs succès Extra-Muros.

Dans cet épisode Charles Perrin, 5e génération de viticulteur nous dévoile l’histoire passionnante de la Famille Perrin : de l’acquisition du Château de Beaucastel par son grand-père jusqu’à l’association avec Brad Pitt sur divers projets dont le rosé Miraval, en passant par la production de vin en biodynamie.

Direction la Vallée du Rhône, où la Famille Perrin possède 100 hectares de vignes situés autour du Château de Beaucastel qui portent la mémoire des 13 cépages de l’Appellation Châteauneuf-du-Pape. 

Dès 1950, Le grand-père de Charles innove en travaillant en agriculture biologique. En 1974, le vignoble est converti à la biodynamie, bien avant que cela devienne à la mode. Une vision de l’agriculture qui a détoné pendant plusieurs décennies jusqu’à faire figure de précurseur.

La Famille Perrin s’occupe de tous les aspects de l’entreprise : de la vigne à la cave, de la vente à l’expédition. Elle a également investi et gère aujourd’hui de nombreux vignobles en France et aux Etats-Unis.

Dans sa manière de gérer l’entreprise, la Famille Perrin à toujours réussi à allier le meilleur des 2 mondes : tradition et innovation. Comme nous l’explique Charles : 

« Beaucastel c’est la tradition, clairement. C’est quelque chose d’un peu sacralisé, d’intouchable, où dès que l’on doit modifier quelque chose, en tout cas, que ce soit dans le champ, dans les vignes ou dans la cave, on est très prudents, on est très traditionnels.

On fait comme mon grand-père faisait, comme mon père et mon oncle faisaient. On essaie vraiment de perpétuer une sorte de tradition. Et si on doit changer quelque chose, on prend énormément le temps.

Il y a un peu une philosophie actuelle qui dit qu’on maîtrise de plus en plus les choses grâce à des analyses, grâce à une connaissance. Dans le vin, ça ne marche pas forcément. C’est-à-dire que faire un bon vin une année, ce n’est pas très compliqué. Faire un bon vin pendant plusieurs années et qui tienne dans le temps, il y a quelque chose qui ne s’apprend pas, qui ne s’acquiert pas rapidement, qui s’apprend sur le long terme plutôt. Si on doit changer la moindre chose, on prend vraiment le temps. 

Je donne souvent cet exemple du bouchon. Aujourd’hui, on parle de 7% des vins qui auraient un goût de bouchon. Les gens s’en aperçoivent dans 2 à 3% des cas, c’est vraiment infime. Néanmoins, 7% de défauts dans une activité, dans un business, ce n’est pas acceptable. 

Évidemment, il y a des entreprises qui se sont mises sur le secteur en disant « On va faire des bouchons certifiés sans goût de bouchon ». Ça peut être des bouchons plastiques, des capsules à vis. Il y a plein de solutions. 

Le souci, c’est que sur un court instant, sur un court terme, le vin n’aura pas de goût de bouchon, mais dans 10 ans, 20 ans, est-ce qu’il aura le même goût ? Est-ce qu’il va évoluer de la même façon ? Quand un nouveau fournisseur de bouchons nous propose tel ou tel bouchon, on donne la réponse au bout de 5 ans, 10 ans. On dit « On va faire des tests, on va boucher 200 bouteilles par an, on va goûter et on vous donnera la réponse dans 10 ans ».

C’est vraiment la culture du temps long, la prise de décision lente, ce qui est rare d’ailleurs dans les entreprises aujourd’hui. On n’est surtout pas pressé de prendre des décisions sur ces sujets-là.

Par contre, il faut basculer sur la commercialisation, sur d’autres aspects où il faut rester très moderne et très à la pointe. C’est là où, finalement, je pense que ma famille et Famille Perrin en général, a vraiment réussi à allier quelque chose de très traditionnel dans la cave et dans les vignes et de très innovant dans la façon de commercialiser. »

Charles nous décrit également le projet innovant et atypique de la restructuration et de l’extension du domaine de Beaucastel. Avec la particularité d’utiliser du béton de site produit à partir de la terre excavée sur le domaine. 

La Famille Perrin diversifie ensuite ses activités en se dirigeant vers la gastronomie, l’hôtellerie, l’événementiel ou encore les produits cosmétiques. Charles nous raconte notamment l’histoire incroyable de l’association de sa famille avec Brad Pitt, propriétaire du Domaine Miraval : vins, champagnes, produits cosmétiques…

« Comme dans toutes les associations, mais particulièrement avec une personne aussi connue, il y a des ajustements à avoir, il faut apprendre à se connaître. Honnêtement, petit à petit, il y a une confiance qui s’est renforcée, qu’on a cultivée aussi et qui aujourd’hui est incroyable.

Finalement, grâce au travail des uns et des autres, on a vraiment réussi à faire quelque chose où on parle le même langage et on va dans la même direction et on se fait une confiance totale. Et il y a eu des opportunités souvent initiées par Brad, lui-même, en disant : « Pourquoi on ne ferait pas ça ? ». Et effectivement, on a développé différentes choses. 

On a créé une marque de champagne. On s’est associé avec un vigneron remarquable, Rodolphe Péters, des champagnes Pierre Péters au Mesnil-sur-Oger. On a aujourd’hui ce qu’on appelle Fleur de Miraval. Ce n’est pas le plus mauvais endroit pour le champagne. C’est à côté de Krug et de Salon, donc c’est incroyable. On a une cave sur place. Ça, c’est aussi une aventure incroyable.

Évidemment, on aurait pu le faire seul, mais évidemment, c’est Brad qui a eu, je pense, le courage de le faire et en tout cas l’énergie pour lancer ça. Nous, on a suivi à fond.

On a aussi créé une marque de cosmétiques. On travaille depuis quasiment 15 ou 20 ans. C’est un de mes cousins, Pierre, qui a toujours poussé pour faire des recherches en disant : « On a beaucoup de déchets dans le vin, des déchets organiques, mais comment valoriser ces déchets ? ». Il a toujours été passionné par ça. Et donc on avait une jeune fille qui faisait une thèse à Bordeaux qu’on a supportée et qui a finalement donné ses fruits il y a quelques années. On s’est dit « Comment on pourrait faire fructifier ces fruits-là ? ». Avec quelques professeurs brillants qui nous ont dit « Là, vraiment, ce que vous avez découvert, c’est génial ». On s’est dit « Pourquoi on ne lancerait pas une marque de cosmétique ? ». Évidemment, quand on est associé à Brad on lui propose en premier pour devenir l’égérie et il a adoré. Ça s’appelle Le Domaine, la marque de cosmétiques.

C’est toujours pareil. Quand on a une propriété comme ça, absolument dingue, c’est inspirant. C’est-à-dire que ce lieu-là, il y a aujourd’hui un studio de peinture, un studio de sculpture qui va apparaître. Il y a un studio de musique assez mythique sur place.

Ce n’est pas particulièrement nous mais depuis plusieurs générations, ce lieu a inspiré. Et honnêtement, tu es venu voir. La lumière est différente. Tout est tellement incroyable que ça nous a inspiré différentes activités au fur et à mesure des années. C’est pour ça qu’on a développé pas mal de choses avec lui. »

En écoutant cet épisode passionnant sur le monde viticole, mais pas que…  vous découvrirez : 

  • La genèse de cette histoire d’entrepreneuriat familial qui court sur 5 et bientôt 6 générations.
  • La vision de la Famille Perrin à propos de l’écologie dans les vignobles.
  • La philosophie de gestion de cette entreprise familiale, basée sur le temps long et la transmission.
  • Une plongée dans le monde du vin et son évolution : terroirs, appellations, cépages, etc.
  • Quel est l’impact des changements climatiques sur la production de vin.
  • Le projet architectural innovant d’extension avec notamment un chai réalisé en béton de site.
  • L’histoire insolite de l’association entre Famille Perrin et Brad Pitt. Oui, oui… Brad Pitt.
  • Comment la famille diversifie les activités de son entreprise : gestion de production de vin, produits cosmétiques, studio d’enregistrement, etc.
  • Et bien sûr des anecdotes passionnantes, émouvantes et parfois insolites.

Un grand MERCI à Charles pour cet échange passionné et passionnant et à bientôt pour de nouvelles aventures extra-muros.

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